Deux jeudis par mois, Raphael Imbert et le pianiste Johan Farjot animent des conférences-concerts au Bal Blomet à Paris, le plus ancien club de jazz d’Europe en activité. À l’occasion du 75e anniversaire du Débarquement en Normandie, ils se sont déplacés à Coutances pour deux sessions, lundi et jeudi, accompagnés pour l’occasion par Anne Paceo, Felipe Cabrera à la contrebasse et Ronald Baker à la trompette et au chant.
Le saxophoniste, après une entrée en matière musicale, pose la question qui servira de fil rouge à la conférence : à quoi sert la musique ? Passionnante et nourrie de nombreux exemples, la conférence tente d’y répondre, mettant en perspective la musique et l’histoire au travers d’anecdotes, de réflexions et d’analyses nourries. Raphael Imbert parle aussi bien de l’importance des fameux V-Discs publiés à partir de 1943 pour soutenir le moral des troupes au front que de la présence significative de soldats afro-américains au combat. Il reprend ainsi « Everybody’s boppin’ », de Jon Hendricks, qui fit partie de ces fameux combattant du débarquement. De manière plus souriante, il nous parle également des gremlins, une légende urbaine de la seconde guerre mondiale évoquant de petits gnomes qui endommageaient les avions, dont Count Basie a tiré une composition « Dance of the gremlins ».
De Glenn Miller, plus expérimentateur qu’il n’y paraît, au bebop et au free jazz, Raphael Imbert sait rester accessible sans mettre de côté des éléments plus techniques : il évoque ainsi par exemple la notion de tension et de résolution en musique et l’importance de la substitution tritonique introduite par les boppers. Invitant la chanteuse Marion Rampal pour quelques titres, il évoque les textes à double signification de nombreuses chansons. Avec « Spirits Rejoice » d’Albert Ayler, il nous parle de la prise de conscience politique et spirituelle du saxophoniste. Rappelons au passage que Raphael Imbert est l’auteur d’un excellent ouvrage intitulé « Jazz supreme » traitant de la spiritualité dans le jazz.
On pourrait écouter le saxophoniste disserter ainsi pendant des heures, et on ne saurait trop recommander à ceux qui en ont l’occasion d’aller lui rendre visite au Bal Blomet.
 Stéphane Barthod.