Contrebassiste majeur, Ron Carter nous avait déjà honorés de sa présence en 2011, accompagné par le guitariste Russel Malone et le regretté pianiste Mulgrew Miller. Comme en écho, on retrouve au répertoire de ce soir « My Funny Valentine » dont le thème, de la même manière qu’il y a huit ans, est introduit par la mélodie jouée juste à la main droite, sans accords, rejointe par la contrebasse.

Mais le concert avait commencé, trois quarts d’heure plus tôt, avec un enchaînement de plusieurs titres, liés entre eux par le contrebassiste, concluant chaque morceau par quelques notes qui, insensiblement, appelaient le suivant. « 595 » et « Mr. Bow Tie » nous ont ainsi amenés en douceur vers le répertoire de la grande époque où Ron Carter accompagnait Miles Davis, dans son fameux deuxième quintet : « Seven Steps to Heaven », légèrement remanié, glissant insensiblement dans le temps jusqu’à « Flamenco Sketches », du quintet précédent du trompettiste. Le titre fait place à une longue pièce en solo du leader, très inspiré, dans laquelle il intègre une longue citation d’une suite de Bach, un écho possible à son premier instrument, puisqu’il avait commencé la musique par le violoncelle à l’âge de dix ans. Retour ensuite à « Mr. Bow Tie » avant d’en arriver à « My Funny Valentine », où viennent se glisser quelques accords de « How Insensitive ». Le standard donne l’occasion d’apprécier tout le talent de Renee Rosnes, remarquable pianiste canadienne, et l’on retrouve tout au long de la soirée ce jeu de puzzle fourmillant de citations, où un riff, un jeu d’harmonies, un changement de rythme nous évoquent d’autres titres. Petit sandwich ensuite, ou le très émouvant « Little Waltz » est à la fois précédé et suivi de « Commando », joué deux fois, tout comme « Mr. Bow Tie » précédemment. « You and The Night and The Music », dédié au public, clôt la soirée de manière enlevée et joyeuse.

Ron Carter nous a offert ici un concert très construit, élégant et plein d’esprit, une magnifique façon de clore cette 38ème édition de Jazz sous les Pommiers.

Stéphane Barthod.

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