Berlioz en son temps avait révolutionné l’organisation de l’orchestre (lire son “Grand traité d’instrumentation et d’orchestration modernes”) . Il avait pensé la localisation des musiciens en fonction de la sonorité des instruments, de leur disposition par rapport au public, allant jusqu’à les installer dans la salle. Théo Girard s’inscrit ici dans cette réflexion avec sa création “Pensées rotatives”.

Le Magic Mirrors s’avère un lieu idéal pour cet orchestre circulaire. Il faut imaginer, pour ceux qui n’ont pas assisté au concert, l’organisation des lieux : au centre, le trio trompette-contrebasse-batterie ; autour d’eux, une partie des spectateurs, puis un cercle de douze musiciens eux-mêmes entourés d’autres spectateurs. L’effet est à la fois visuel et sonore. Tous les regards sont tournés vers le centre de la salle : chaque musicien est à la fois face et dos aux spectateurs ainsi qu’aux autres membres de l’orchestre. Au gré des titres, reposant sur le répertoire habituel du trio, Théo Girard multiplie les idées et tire parti des lieux de diverses manière : sur « Tom & Jerry », les notes sont jouées successivement par les soufflants, tournant autour des auditeurs ; sur « Interlude », les musiciens se mêlent au public, jouant sur des effets de souffles, de claquements… Au passage, on peut noter chez les soufflants la présence de trois coutançais : Martin Daguerre, Simon Arnaud et Morgane Carnet. Les têtes se tournent, les oreilles se tendent, on a l’impression d’être au chœur d’une forêt vierge bruissant de cris d’oiseaux. Plus loin, avec « The 6th and 7th Part of the Cake », de légers décalages dans l’attaque des notes viennent titiller l’oreille. Les musiciens changent de place régulièrement en fonction des compositions : parfois les saxophones et les trompettes sont regroupés par instruments, ailleurs ils sont alternés. Comme un clin d’œil à Berlioz, les cloches de la cathédrale se sont mises à sonner pendant le concert : il faut savoir que pour sa « Symphonie Fantastique », le compositeur avait fait installer des cloches derrière le théâtre.

Une expérience passionnante, riche, foisonnante, toujours au service de la musique et de l’écoute, et qu’il faut bien sûr découvrir en “live”.

Stéphane Barthod.

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